Robocut et l’univers 3D

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Il faut s’y faire : les avancées technologiques ne risquent pas de nous offrir la voiture volante sous peu (merci pour les fausses promesses aux Jetson). L’époque actuelle reste quand même un moment excitant pour être un fabricant de nouveaux produits.  Bien que le processus de fabrication n’ait jamais cessé d’être important, voire même vital pour le monde, la logistique de production industrielle a, ses dernières années, plutôt été un processus intimidant. La production artisanale d’un bien unique n’est évidemment pas une option rentable, mais une augmentation de l’échelle de production implique un autre type de capital, d’engagement et un accès à une grande variété de ressources.

Il y a, en ce moment, deux mouvements dans l’industrie manufacturière : le retour à la fabrication locale, parfois appelé « reshoring », et le recours aux technologies assistées par fabrication à faible coût « rapid prototyping », avec la modélisation et l’impression 3D comme sorte d’enfant-vedette pour représenter l’innovation.

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Dans le cadre de ce spécial design industriel, Baron rencontre Philippe Savard, fondateur et designer/directeur technique du studio Robocut, véritable leader local en matière de modélisation et fabrication digitale pour créatifs.

Baron : Pourrais-tu nous parler de ton parcours et de ce que tu fais?

Philippe Savard : J'ai étudié en cinéma au cégep où j'ai commencé à faire du 3D et de l'animation. Ensuite, j'ai fait le programme d'arts numériques à Concordia où je voulais principalement expérimenter avec l'animation et la programmation, mais, finalement, j'ai découvert l'électronique et concentré mes projets autour de ça. Mon père est vraiment « patenteux ». Quand j’étais jeune, j'ai toujours eu une fascination pour le travail qu'il faisait avec ses mains.

J'ai été embauché par Vincent Leclerc, un de mes professeurs. J’ai travaillé à son studio, ESKI. C'est un studio de design qui fait de l'électronique sur mesure et se spécialise dans l'éclairage LED. Je suis resté là pendant plus de quatre ans.

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Pendant un bout, on était seulement trois au studio, en comptant mes patrons, Vincent et David. Je travaillais sur à peu près tout, que ce soit le web, la soudure ou même un peu de programmation.

Aujourd'hui, je m'occupe de ma propre compagnie, studio Robocut, qui offre des services de fabrication digitale pour les créatifs. Nos clients viennent du secteur du design, de la vidéo/cinéma, de la publicité, de la production d'événements, de l’architecture, etc. Bien qu'on utilise aussi beaucoup de techniques traditionnelles, le terme « fabrication digitale » vient du fait qu'on utilise les dernières technologies d'automatisation, comme le laser, le routage CNC ou l'impression 3D, dans notre travail.

Baron : Comment as-tu lancé le projet et qui fait partie de l’équipe du studio Robocut?

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Philippe Savard. : Le début de Robocut est pas mal lié au travail que je faisais lorsque j’étais chez ESKI. On travaillait sur un projet pour un gros client et il y avait une pièce assez complexe à fabriquer en grande quantité. Je me chargeais de récolter des soumissions et tous les prix que je recevais était pas mal élevés, alors j’ai proposé à mes patrons de m’en occuper moi-même, pendant mes temps libres, s’ils me donnaient le contrat.

Quand les demandes de mes clients ont commencé à nécessiter de pouvoir travailler avec d’autres matériaux et dans des formats plus grands, j’ai d’abord rapatrié mon équipement dans un hangar en arrière de chez mes parents. C’était assez à l’étroit et j’ai finalement trouvé un super local dans le Mile-End pour déménager tout ça.

J’avais un loyer et des mensualités plus élevées et j’ai dû travailler pas mal fort avec mes deux emplois pour que ça fonctionne.

Ces jours-ci, j’ai un employé à temps plein, Simon, qui est designer industriel et ébéniste de formation. Ajoutez à cela quelques pigistes qui gravitent autour, sans oublier mon père qui donne encore souvent un coup de main, le soir.

B. : Est-ce que les projets sont surtout avec des collaborateurs locaux ou avez-vous l’opportunité de développer le marché à l’international?

P. S. : Pour l’instant on fait plutôt rouler l’économie locale. L’international, ça pourrait venir. Au cours d’un de mes derniers séjours à New York, j’ai vu des vitrines de grands magasins vraiment hallucinantes et je me disais que c’est le genre de projet qui nous irait à merveille. Peut-être qu’il y aurait plus un marché pour nous là-bas... Ici, à part les ours en peluche qui jouent de la cuillère dans la vitrine du Ogilvy à chaque Noël, je n’ai pas vu de trucs aussi poussés. On ne travaille pas avec les mêmes budgets.

B. : Quel est le projet qui t’a le plus marqué jusqu’à présent?

P. S. : Ils sont tous vraiment différents. Il y en a beaucoup qui m’ont marqué pour plusieurs raisons différentes. Je dirais qu’un des premiers qui me vient en tête a eu lieu l’été passé, quand on a fait le boîtier de collection pour l’album Synthetica du groupe Metric. J’ai été approché parce que le groupe avait une idée d’un boitier CD qui serait aussi un lecteur de diapositifs 3D complètement fait en carton. Il a fallu concevoir et fabriquer les 500 boîtes dans l’espace de 2 mois et ce fut assez épique!

J’ai gardé des cernes sous les yeux suite à ce projet! En bout de ligne, la réaction a été super bonne et ça a valu le coup. Le groupe était super content et les boîtiers étaient tous vendus sur Internet avant même que le CD ne soit paru.

B. : Trois conseils pour ceux qui veulent se lancer en affaires.

P. S. : Ça peut sonner simpliste, mais je dirais que pousser sur ce qui te différencie des autresc’est la meilleure façon de réussir à te démarquer. Ta compagnie, que tu le veuilles ou non, c’est quand même une extension de toi, de tes valeurs et de tes expériences. C’est super important de trouver tes points forts et ce qui te rend unique pour t’en servir dans ton plan d’entreprise.

Si je me prends comme exemple, je dirais qu’en général, je mets les gens à l’aise et j’ai une facilité à tisser des liens rapidement. Robocut, c’est une compagnie de service avant tout et, à cause de ma personnalité, je dirais que notre approche est très personnelle. Plus ça clique au niveau personnel, plus le résultat du projet est beau, habituellement.

Garder son sens de l’humour. Les projets sur lesquels on travaille sont parfois pas mal stressants et il faut trouver une façon de garder ça quand même amusant. Quand tu réussis à avoir une bonne communication et faire preuve d’un peu d’humour dans tes contacts avec les gens avec qui tu travailles, le niveau de stress baisse instantanément d’un cran. Bien sûr, il faut livrer la marchandise et le point n’est pas de détourner leur attention des problèmes, mais l’humour a définitivement un effet thérapeutique. Quand ça devient trop intense, j’essaie de ne jamais oublier que Robocut reste un jeu que j’ai créé moi-même et ça m’aide à garder un certain détachement pour prendre des décisions objectives.

Sur une note un peu plus plate, je suggèrerais de mettre sur pied un système de gestion le plus rapidement possible. C’est facile de tomber dans le piège de commencer à travailler rapidement sur les tâches que tu aimes le plus et de te dire que les choses vont s’organiser organiquement en cours de route. Je ne connais personne qui dirige une compagnie qui ne passe pas 72 fois plus de temps à faire de la gestion que ce qu’il croyait nécessaire au départ!

Quand tu as un bon système pour la facturation, gérer les comptes, les projets, l’inventaire, tu t’évites vraiment des frustrations et tu parais déjà beaucoup plus sérieux devant les clients ou les fournisseurs avec qui tu travailles. Moi, j’ai mon père qui me sauve la peau constamment pour la comptabilité, mais on profite aussi de l’aide du Centre en développement économique communautaire (CDEC). C’est une super référence pour ceux se lancent en affaires.

B. : Comment s’annonce le futur pour le studio? Qu’est-ce qui va se passer dans la prochaine année?

P. S. : On travaille sur des projets de plus en plus gros et c’est super excitant. J’espère que ça va continuer comme ça.

Cette année j’aimerais vraiment qu’on travaille à développer nos propres produits et concepts. J’ai pleins d’idées et j’aimerais être capable de me garder un peu de temps pour des collaborations avec des amis et peut être faire des expositions. À Noël on s’est botté les fesses et on a créé des bijoux, ma copine et moi. On a eu une réaction super positive, alors c’est le genre de choses que je ne veux vraiment pas perdre de vue et je crois que c’est une évolution naturelle de la compagnie.

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