Entre les Écritures et l’iPad

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Selon certains professeurs de macroéconomie, il faut exactement 100 ans pour qu’un pays devienne développé. Le 20e siècle nous aura donné deux exceptions à cette règle : la Corée du Sud et Israël.

Fort de sa diaspora, c’est grâce à son réseau et à une forte immigration, entre autres, qu’Israël est aujourd’hui une destination de choix du point de vue économique. Yossi Vardi, un des entrepreneurs les plus dynamiques d’Israël, a investi personnellement dans près de 75 start-ups depuis 1996. Il affirme être approché de trois à huit fois par jour par différentes entreprises.

Ce dernier résume ainsi les facteurs géographiques au coeur de l’innovation qui caractérise son pays : « Le climat aride force les agriculteurs à exceller en technologies d’irrigation. La géo politique du Proche-Orient a eu pour conséquence le développement d’une industrie aérospatiale de pointe. Le service militaire obligatoire créé des liens entre les individus, relations qui se poursuivent après, dans la vie civile ».

Start-ups :mêmes défis

Bien que ces facteurs expliquent en partie le dynamisme apporté par les start-ups à l’économie israélienne, ces entreprises sont soumises aux mêmes défis qu’ailleurs dans le monde.

Pour remédier à cette situation, une immense foire a été organisée, là où ces entreprises en démarrage tentent de se faire remarquer. Cofondé par Yossi Vardi et Hubert Burda, l’événement Digital-Life Design rassemble près de 800 entreprises du monde du multimédia dans le cadre de diverses activités de réseautage et d'« opérations séduction » auprès des investisseurs, en un temps record; un peu à l’image de Dragon’s Den (Dans l’oeil du dragon). D’abord tenu à Munich, ce grand rendez-vous s’est déplacé, il y a deux ans, à Tel-Aviv pour un sommet réunissant les développeurs locaux.

Le défi – comme à Berlin, où le dynamisme des start-ups ne cesse de croître – consiste à faire passer ces entreprises d’une situation de démarrage au statut de chef de file; de géant. À l’heure actuelle, ces entreprises sont achetées avant même que leur incubation ne soit terminée.

Upwest Labs s’est donné pour mandat de faire le pont entre Israël et la Silicon Valley. Pour ce faire, le groupe organise des séminaires – sortes de microprogrammes d’environ 10 semaines, permettant à quatre ou cinq start-ups d’apprendre des géants californiens afin de poursuivre leur croissance. Les participants au programme sont également récompensés par diverses bourses qui font souvent toute la différence.

L’argent s’impose encore une fois comme le nerf de la guerre. Malgré qu’Israël attire davantage de capital-risque per capita que tout autre pays, la concurrence est forte entre les différentes start-ups, qui veulent toutes leur part du gâteau. La crise économique de 2008 est venue ralentir les investissements et les ramener à leur niveau du début de la décennie. =Toutefois, la proportion des capitaux venus de l’étranger a augmenté.

Paix perpétuelle

Alors qu’un processus de paix au Proche-Orient semble peu envisageable dans un avenir rapproché, cela n’a pas empêché plus de 300 hommes d’affaires palestiniens, israéliens et jordaniens de se réunir en mai dernier. Leur but : créer un espace de coopération économique lorsque leurs décideurs politiques embrasseront enfin la paix.

Yossi Vardi a participé à la conférence et l’a décrite comme étant la majorité silencieuse qui s’exprime enfin! C’est d’ailleurs lui qui a présenté l’initiative au grand public. Avec une plus grande stabilité politique dans la région, le secteur de l’aérospatiale, présentement au coeur de l’économie, subira une perte de vitesse prévisible. Ces entrepreneurs s’affairent maintenant à trouver des solutions à ces changements importants qui planent sur l’économie du Proche-Orient.

Jusqu’à présent, cette initiative des gens d’affaires semble avoir suscité une réaction mi-figue mi-raisin de la classe politique, tant du côté du monde arabe que d’Israël.

Immigration & Démographie

L’économie israélienne compte peu de géants, à l’exception de la pharmaceutique Teva, néanmoins comprise dans l’indice NASDAQ (l’indice boursier des valeurs technologiques). Malgré tout, cette start-up nation parvient à attirer une immigration importante et hautement qualifiée.

Ces citoyens du monde, ayant souvent fréquenté les meilleures universités, sont attirés par l’idée de vivre et de travailler en Israël. Une grande part du dynamisme économique israélien provient de cette immigration économique. Encore une fois, la diaspora joue un rôle clé, tant comme source d’immigration que comme réseau d’affaires.

Cependant, bien que qualifiée, l’immigration est en baisse depuis 20 ans, dans l’ensemble. En effet, l’immigration en Israël est passée de près de 200 000 nouveaux arrivants en 1990 à 17 000 personnes seulement, en 2010.

L’immigration est cruciale puisque les groupes qui ont la croissance démographique la plus forte sont les moins à même de participer au secteur des technologies et du multimédia. D’abord, les Israéliens arabes, qui sont souvent défavorisés et peu éduqués ; ensuite, les haredim, des ultra-orthodoxes payés par le gouvernement pour étudier la Torah. Bien que ces derniers ne « travaillent » pas, ils ont toutefois l’avantage d’être lettrés; un avantage à long terme.

Le dynamisme insufflé à l’économie israélienne par l’émergence desstart-upsdu secteur des technologies et du multimédia soulève ainsi plus de questions que de réponses. L’immigration, particulièrement la qualité de cette dernière, constitue un avantage certain, mais certainement pas les bases d’une croissance solide. Dans une région souvent instable, les conflits politiques et confessionnels détournent souvent l’attention des enjeux sociaux comme l’éducation, qui sont ici affectés par cette transformation économique en profondeur.