Darren Henwood et le Lowdown Comedy – Humour de sous-sol de qualité

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Pour certains, l’humour se consomme dans les grandes salles de spectacle ou en regardant la télé. Pour d’autres, c’est dans les bars que ça se passe. Darren Henwood, lui, a décidé d’organiser, il y a environ deux ans, une soirée d’humour mensuelle dans son propre sous-sol, situé près du métro Jean-Talon. La soirée, qui porte le nom de Lowdown Comedy, a maintenant lieu au centre culturel La Gruta, dans le Mile End. Afin d’en savoir plus sur l’origine et la nature de l’évènement, je me suis entretenue avec Darren en décembre dernier.

Darren, depuis quand est-ce que tu fais de l’humour?

J’en ai fait pendant un an quand j’avais 18 ans, puis j’ai recommencé quand je suis arrivé ici, à l’été 2010. Ça fait donc un peu plus de deux ans que j’en fais. Je suis encore relativement nouveau au sein de la scène montréalaise. Je travaille avec des gens qui font de l’humour depuis 10 ans, mais aussi avec des plus jeunes. L’âge et l’expérience importent peu parce que l’humour, ce n’est pas une compétition, on peut toujours se reprendre, écrire une nouvelle joke

Tu es d’origine écossaise, crois-tu qu’il y a des différences entre l’humour écossais et l’humour québécois?

Je pense qu’une bonne blague est universelle. Par contre, il y a des différences au niveau du rythme de livraison des blagues. En Écosse, les gens parlent très vite. Pour faire un numéro d’une durée de cinq minutes, tu dois écrire deux fois plus de blagues que si tu fais un numéro au Québec. Si tu prends ton temps et que tu respires entre tes phrases, les gens s’impatientent.

Qu’est-ce que le Lowdown Comedy et qu’est-ce qui t’a poussé à l’organiser?

C’est une soirée d’humour que j’organisais au départ dans mon sous-sol, parce que je pense que Montréal a besoin d’évènements artistiques qui sortent des sentiers battus. Le show est, entre autres, inspiré d’une soirée qui avait lieu chez Morgan OShea (autre humoriste de la relève anglo-montréalaise) il y a quelques années. On se réunissait et on faisait de l’humour dans son salon. Quand Morgan a cessé de tenir l’évènement, je me suis dit que je pouvais organiser un truc similaire dans mon propre sous-sol. Le premier Lowdown a eu lieu en janvier 2011 et depuis, on a offert une vingtaine de spectacles.

À quoi ça ressemble, une soirée au Lowdown?

Quand c’était chez moi, tu pouvais faire tout ce que tu n’as pas le droit de faire dans un bar. Tu pouvais apporter ta propre bière, prendre de la drogue, enlever tes souliers (quoi que je ne l’aie jamais conseillé parce que ça reste un sous-sol et que le plancher n’est pas ce qu’il y a de plus propre) mais tu pouvais même, si t’étais une fille, nous rejoindre, ma femme et moi, au lit vers 2h30 du matin…Bref, tu pouvais faire tout ce qui se fait dans un party de maison typique. Maintenant le show a lieu au centre culturel La Gruta; le concept est le même, c’est une soirée d’humour Pay What You Can. Même si ce n’est plus un House Party, je crois que l’ambiance est toujours aussi décontractée.

Est-ce que c’est un projet lucratif?

Quand tu fais de l’humour pour l’argent, tu t’éloignes de l’essentiel. Au Lowdown on passe le chapeau. Certaines personnes nous donnent 2$, d’autres 5$, d’autres rien du tout. Puisque l’évènement est avant tout un party, je ne m’imagine pas faire payer les gens à la porte.

Tu fais confiance aux gens, tu as laissé n’importe qui entrer chez toi lors des 20 derniers Lowdown. Es-tu religieux?

Non, je ne suis pas religieux. L’affaire, c’est que je suis pauvre donc il n’y a rien à voler chez moi. Si j’étais Bill Gates ou Tiger Woods, je ne laisserais jamais entrer 80 saoulons montréalais dans ma maison à chaque mois. En fait, je pense que la seule chose qu’on puisse voler chez moi, c’est l’innocence des gens qui s’y trouvent et ça, les humoristes le font déjà.

Il y a environ une dizaine d’humoristes sur scène par soir, dont un vétéran. Comment les choisis-tu?

Je choisis ceux qui sucent le mieux. Non, sans blague, je vais voir beaucoup de soirées d’humour et j’approche les personnes qui me font rire. Parfois ce sont les humoristes qui m’approchent, mais comme il n’y a qu’un show par mois, je dois être sélectif.

Une fois sur deux ou trois, le Lowdown présente des humoristes francophones. D’ailleurs, le public semble assez mixte. Est-ce que tu sens des tensions entre les deux groupes?

Honnêtement, c’est plutôt comme si ça créait un pont. Il y a vraiment très peu de soirées bilingues à Montréal. Les gens ont tendance à performer dans leur langue maternelle. Ça arrive que des francophones fassent des numéros en anglais et vice versa, mais c’est plus rare que les anglophones fassent des shows en français. On offre des Lowdown dans les deux langues parce que le public est vraiment moitié-moitié et la majorité semble être bilingue. Morgan et moi avons participé au Zoofest cette année avec Alexandre Douville et Virginie Fortin, deux humoristes qu’on a rencontrés au Lowdown. D’ailleurs, ces deux-là n'avaient pas l’air très rassurés en voyant le sous-sol! On aurait dit qu’ils avaient peur de se faire poignarder...Mais t’sais, ils sont habitués d’avoir un chauffeur et leur propre «chambre» pour se préparer avant de faire un show. [rires]

Es-tu en train d’insinuer que c’est plus facile pour les humoristes francophones que pour les humoristes anglophones de faire de l’humour à Montréal?

Oui, il y a beaucoup plus d’argent qui circule chez les francophones. Les humoristes franco sont syndiqués et c’est pourquoi je pense qu’ils ont de plus grandes attentes quand ils font des shows. Leur public est beaucoup plus grand que le nôtre. Il faut se rappeler que seulement 20% de la population montréalaise est anglophone et que c’est un public difficile à rassembler. Puis, c’est le public qui dicte le salaire des humoristes. Certains anglo tentent leur chance en français pour aller chercher un plus grand public et essayer de gagner leur vie en faisant ce qu’ils aiment. Mais, c’est plus difficile pour nous, on doit tout organiser. Néanmoins, je crois que les spectacles bilingues ont beaucoup de potentiel. Notre show au Zoofest a très bien fonctionné et on a eu de bonnes critiques. Je pense que les gens sont assez ouverts à cette idée.

Selon toi, dans les deux scènes, quels humoristes sont à surveiller?

Du côté anglophone il y a Mike Patterson qui est déjà à la télé, DeAnne Smith, qui rayonne localement ainsi qu’à l’étranger, Dan Bingham qui a gagné un prix au festival Just for Laughs pour une pièce de théâtre qu’il a présentée au Festival Fringe, de même qu'Eman et Jess Salomon qui sont également à surveiller. Chez les francophones il y a Olivier Martineau, Benoît Lefèbvre, Adib Alkhalidey, Bruno Ly et Richardson Zephyr. Ce sont tous des humoristes de grand talent qui sont passés au Lowdown. Je ne sais pas si le Lowdown les a aidés ou si ça a détruit leurs cellules… mais bon…. On a toujours du fun

Si on veut découvrir des étoiles montantes de l’humour, où nous conseilles-tu d’aller?

J’aime beaucoup la soirée intitulée Shut Up and Laugh qui a lieu le mercredi soir au restaurant Burritoville sur la rue Bishop. Les humoristes y testent leur nouveau matériel, c’est une soirée gratuite où on passe le chapeau. De grands noms de l’humour y vont. Dans le même genre, il y a aussi le Paul Ash Kick Ash Comedy Show qui a lieu le mardi soir au Andrew’s pub. Il y a aussi John Selig et Emma Wilkie qui organisent des soirées. Tous ces gens forment une petite communauté.

Merci Darren, on se voit au prochain Lowdown?

Oui, ce sera à la Gruta, le 1ier février à 21h. La bière coûte 3,50$ et l’entrée est gratuite ou presque (nous passerons le chapeau), comme avant. La tête d’affiche du show est DeAnne Smith.