Sexe, politique et musique : l’art illégal mais rafraichissant de MissMe

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MissMe est une artiste qui affiche son art dans la rue. Vous avez peut-être contemplé ses œuvres sur certains murs de Montréal, Miami, New York, Paris et Genève. L’artiste, née en Suisse de parents médecins, a aussi habité la France avant que Montréal ne soit sa dernière destination, il y a 12 ans. Malgré une famille complètement plongée dans la science et l’économie, MissMe, a toujours été attirée par les arts. Elle a essayé la danse, chanté du jazz, a plongé dans la littérature et a même fait partie d’un cirque. Tour de piste en compagnie d’une artiste de rue dans l’âme.

Baron  : Quel a été le déclic lorsque tu as décidé de commencer à afficher ton art sur les murs de la ville?

MissMe  : Je suis directrice artistique pour une agence de publicité. J’avais un trop-plein du monde de la pub. J’en avais marre qu’on me dise quoi faire.

B.  :Comment t’organises-tu pour afficher tes œuvres en voyage?

M.  : C’est compliqué. Je dois tout imprimer avant de partir en voyage parce que ça coute très cher ailleurs. C’est beaucoup de préparation avec tout le bazar à transporter. Ensuite, sur place, tu dois préparer ta colle. Dans mon cas, j’ai toujours besoin d’une personne avec moi. J’ai besoin d’un look-out. Dans certaines villes, j’ai aussi besoin de quelques bons samaritains qui me montrent les endroits propices à faire mon art. Je me suis fait prendre une fois à Montréal par la police. Ils m’ont fait attendre trois quarts d’heure dans la neige en n’étant pas très sympathiques. Ils ont fini par me laisser partir. J’étais très conciliante, je n’ai pas fait d’attitude. Je suis au courant de ce que je fais. Je sais que ce n’est pas légal donc je n’ai pas fait mon ado.

B.  :Voudrais-tu me présenter tes œuvres?

M.  : Je vais te parler de trois projets que j’ai réalisés.

-Jazz Saints

J’ai reproduit le visage de certains grands noms du jazz comme Gershwin, Nina Simone, Sarah Vaughan, Miles Davis et Billie Holiday. C’est leur visage dans un style d’icônes orthodoxes. En plus, la plupart des artistes de jazz sont noirs. On n’a pas l’habitude de voir des Saints noirs. Et de les mettre dans la rue, un peu comme si c’était des esprits présents. Il y a quelque chose de très classique. Ce sont des gens magiques pour moi.

-Politically Correct

Dans cette série, il y a entre autres la statue de la Liberté version amérindienne. On oublie que l’histoire est écrite par ceux qui ont gagné. Même les nouvelles qu’on voit sont des manières d’interpréter les choses pour justifier ce qu’on fait. Tout n’est pas noir ou blanc. Il y a toujours du gris dans l’histoire. J’aime l’Amérique, j’aime le rêve américain, mais restons honnêtes, c’est un pays qui a été construit sur le génocide d’un peuple, le vol de sa terre et grâce à l’esclavage d’un autre peuple. Ça n’enlève rien à ce que c’est devenu et aux valeurs d’aujourd›hui, mais c’est important de s’en rappeler parce que sinon, nous vivons dans le mensonge et c’est un manque de respect aux morts.

-Dessert For Breakfast

Celui-là, c’est un projet au niveau de la femme et de la sexualité d’aujourd’hui. Les femmes, on ne se connait pas encore assez au niveau de notre sexualité et on n’ose pas s’approprier celle-ci sans en avoir honte et se faire traiter de salope. Prenez seulement le fait qu’une fille (dont 80% de mes copines) est capable de faire jouir un homme plusieurs années avant d’être capable de se faire jouir elle-même. Pendant des années, j’ai couché avec des hommes et si je ne jouissais pas, ce n’était pas grave, c’était tout de même une réussite. Ça a toujours été un sujet pour rabaisser les femmes, parce qu’une femme qui est capable de se faire jouir et qui maitrise sa sexualité est beaucoup plus difficile à mettre à bas dans la société. Elle gagne de la confiance et sait plus ce qu’elle veut. J’ai donc fait une série de dessins et un blogue. J’ai fait ce blogue parce que je n’ai pas de réponse à tout ça et je pense qu’on peut en trouver une lorsqu’on en parle de manière honnête. Nous sommes quelques filles qui écrivent sur ce blogue et j’aimerais bien qu’il y en ait plus.

B.  :Qu’est-ce qui s’en vient pour toi?

M.  : J’ai fait des shirts et des affiches avec certains de mes dessins pour les vendre. Sinon, pour les prochaines œuvres, je ne peux pas trop en parler, je suis encore en train d’y penser. Ce sont des opinions que je mets sur les murs, ce n’est pas juste de l’art pour faire joli. Je prends le temps d’y penser et lorsque ça y est, je me lance.

MissMe ne fait habituellement pas d’expositions. Vous pouvez par contre prendre des photos de ses œuvres lorsque vous en trouvez et ajoutez #missme... Elle en sera très heureuse.