« God, Guns, Guts » : pleins feux sur la culture des armes américaines

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La cinquantaine, un cigare en bouche. Les volutes de fumée remontent tranquillement sur le drapeau américain en arrière-plan. À l’avant-plan, deux fusils d’assaut. Un dans chaque main. Puis, un revolver dans les pantalons, un holster sous le bras et des douilles en bandoulière sur sa poitrine.

Ça, c’est juste la préface.

Le livre God, Guns, Guts (Dieu, des flingues, des tripes) regroupe des portraits de propriétaires d’armes à feu légales, posant fièrement et sans complexe avec leurs engins. Le photographe Ben Phillippi a passé quatre ans à voyager chez l’oncle Sam pour sonder cette gun culture américaine et les gens qui la composent.

« J’ai entrepris ce projet parce que je voulais savoir pourquoi l’armée américaine était si puissante. J’ai pensé qu’il y avait un lien à faire avec les Américains eux-mêmes puisqu’ils sont armés pour la plupart. C’est l’idée que l’armée américaine et les Américains armés partagent une même mentalité, une même idéologie militaire » explique Philippi.

Homeless

Le résultat est aussi fascinant que déconcertant. Il y a cet homme aux cheveux platines, les yeux presque plus chromés que le revolver qu’il brandit en l’air. C’est un Colt Single Action Army, l’arme la plus répandue à l’époque de la conquête de l’Ouest américain. Et aussi cette femme à la coiffure rockabilly, tenant un AK-47 sur sa robe à pois. Ses mains sont crispées et son jeune visage est sévère.

Les portraits sont entrecoupés de photos plus journalistiques, captées sur le vif pour mettre les choses en contexte. On y voit la raffinerie de pétrole à Long Beach, recouverte d’un énorme drapeau américain, un motel abandonné en plein désert de la Californie et l’armurerie locale de Knob Creek au Kentucky, bondée de clients.

Si la Constitution des États-Unis assure que « le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé », plusieurs soutiennent que ce droit n’est qu’une relique historique. Après tout, une lecture complète du second amendement indique que le droit de porter des armes est né du fait qu’une « milice bien organisée » est «nécessaire à la sécurité d’un État libre ».

Pour Philippi, le fait qu’il n’y ait plus de contexte d’urgence ne change rien à l’attachement des Américains à leurs armes. « Les gens photographiés dans le livre sont attachés à leurs armes pour des raisons différentes, mais je pense qu’il y a une mentalité très américaine derrière tout ça, très individualiste » propose le photographe. « Il s’agit d’être véritable maître de son destin, de se protéger soi-même, de manière autonome sans faire appel à un tiers. Le flingue est le symbole ultime de cette indépendance, cette capacité à contrôler son environnement. » Au passage, il note aussi l’influence du complexe militaro-industriel.

Né au Québec, Philippi est lui-même propriétaire d’armes à feu légales. « Quand j’étais plus jeune, j’avais une arme à balles BB. Je m’amusais avec mes frères à tirer sur des canettes. Je n’y voyais pas quelque chose de mal, ni de raison pour laquelle je devais avoir honte d’avoir cette arme. »

Il y aurait donc là une question de moralité. Ceux qui résistent à la réglementation des armes à feu s’opposent au ton paternaliste de l’État, plus qu’ils ne revendiquent un droit de propriété stricte. « Nous avons besoin de certaines lois et certaines garanties, mais je n’ai pas envie d’un monde trop réglementé où les lois m’empêchent d’agir d’une certaine manière pour mon propre bien» explique Philippi.

Quant à la sécurité des autres, Philippi croit qu’il est trop facile, au lendemain d’une tuerie, de s’en prendre aux armes et ainsi d'éviter le débat de fond sur les motifs derrière la violence. « Notre société entière est un peu malade. Introduire simplement de nouvelles lois sur le contrôle des armes est une fausse solution. Les enjeux sont beaucoup plus complexes que ça ».

Le livre est ponctué de citations des gens photographiés. Parfois réfléchies et parfois accrocheuses, leurs paroles se raccordent toutes à la mentalité derrière la culture des armes américaines. Comme celle de Mark Muller qui assure que «le seul contrôle des armes dont j’ai besoin est une main ferme ».

Muller est un concessionnaire du Missouri qui offrait en 2008 à ses clients une arme à feu pour chaque automobile achetée. Selon le véhicule, les clients recevaient un bon d’achat qu’ils pouvaient échanger chez l’armurerie du coin contre un pistolet, un AK-47 ou un fusil de précision, pourvu qu’ils soient légalement autorisés à détenir des armes. Réagissant alors aux propos de Barrack Obama sur les gens qui « s’accrochent à leurs fusils ou leur Bible », Muller cherchait à engager la controverse.

C’est lui d’ailleurs qui fait la préface du livre, cigare à la bouche.
Le lancement de God, Guns, Guts se fera le 6 octobre prochain, à Montréal. Le livre peut être commandé en ligne sur le site www.godgunsgutsbook.com. Les citations dans le livre sont en anglais seulement.

Ben Philippi est aussi cinéaste. Il a récemment tourné une bande-annonce pour une émission de téléréalité mettant en vedette Mark Muller qui sera diffusée sur History Channel et produite par Zone 3.