Bandcamp: Prendre le contrôle des ventes de sa musique.

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Parmi les nouvelles solutions de distribution de la musique enregistrée, Bandcamp s’impose comme l’une des plus populaires, tant auprès des internautes que des artistes. En moins de 3 ans, Bandcamp a servi plus d’un million de téléchargements aux fans, et dispose de 450 000 pistes d’artistes provenant de 57 pays.

Parmi eux, on peut compter autant sur des talents établis comme Sufjan Stevens et Malajube, que des artistes plus méconnus, qui offrent leur musique en téléchargements gratuits, à prix fixe ou à don volontaire.

Le Baron s’est entretenu avec Jennifer Elias, directrice au développement des affaires de Bandcamp, question de sonder la philosophie de ce service en pleine croissance.

Comment a débuté l’aventure Bandcamp?
Avec une trame sonore qui hoquetait. En 2007, Ethan Diamond, qui attendait impatiemment une nouvelle parution d’un de ses groupes préférés, a tenté de télécharger l’album. Ça ne s’est pas très bien passé. Le groupe avait quitté son label et vendait sa musique par l’entremise de son propre site. La page gelait ou trottait, et c’est seulement après plusieurs essais qu’Ethan est parvenu à compléter l’achat. D’autres fans n’étaient pas aussi persistants, et Ethan, qui s’avérait être non seulement un mélomane endurci, mais également un expert technique (il a fondé Oddpost, dont Yahoo a fait acquisition pour son propre service de courriel), a décidé
de créer Bandcamp, pour venir en aide aux groupes et devenir le meilleur domicile pour la musique sur la Toile. Maintenant, l’aventure se poursuit avec Ethan et sa joyeuse bande d’ingénieurs.

Quelles étaient les principales lacunes des autres services du genre, que vous croyiez pouvoir combler avec Bandcamp?
Plusieurs autres services requièrent qu’un groupe travaille sous l’identité du service.
Ils hébergent la musique et fournissent de très bonnes façons de gérer les groupes et leurs fans, mais ils contrôlent l’URL et ajoutent souvent des publicités aux côtés de la musique – assurances de voiture, eau de javel, fenêtres doubles quelqu’un? Pour sa part, Bandcamp propose une façon propre et dépouillée de créer votre identité sur le Web.

Bandcamp offre également aux fans la musique qu’ils adorent dans le format qui les rendra heureux, du bon vieux MP3 aux abréviations sophistiquées comme FLAC et ALAC pour les «nerds» de l’audio. Et nous implantons la pochette, les illustrations, les paroles, l’album et les titres des pistes de façon à ce que le « nerd » de musique n’ait besoin d’aucune instruction d’assemblage quand ça s’enregistre sur son bureau.

Nos objectifs concordent avec ceux de la plupart des groupes. Nous enregistrons un profit si le groupe fait du profit. Au lieu d’offrir aux groupes un service mensuel pour lequel ils doivent payer peu importe s’ils font de l’argent, nous nous concentrons davantage la création de façons qui facilitent le partage et la vente de musique, avec une option à don volontaire, des éléments téléchargeables en prime, des paroles et illustrations implantées à même la page, de même que l’intégration de marchandises promotionnelles et la ventes de musique en format numérique.

Était-ce important pour vous de faire de Bandcamp un service facile à gérer et à mettre à jour pour les musiciens pas trop geek, n’ayant pas accès à un budget pour engager des designers et programmeurs?
Oui. Les groupes ont déjà beaucoup de choses à gérer – ils créent leur musique, coordonnent les pratiques et studios d’enregistrement, s’assurent que le batteur se réveille à temps pour le concert, conçoivent des t-shirts, etc. Nous voulions rendre ce site aussi simple que possible pour permettre aux groupes de retourner faire de la musique pendant que nous nous occupons des détails techniques.

Vous avez récemment décidé de garder une « part modeste » des ventes. Qu’est-ce qui a motivé cette décision à ce point-ci? Pourquoi ne pas l’avoir fait avant? Était-ce une décision difficile à prendre?
Nous avons toujours été transparents en ce qui a trait à l’éventualité d’un partage (très concurrentiel) des revenus, et nous en parlions même dans notre foire aux questions (FAQ). Nous jugions que c’était le bon moment de l’intégrer étant donné que les ventes croissaient rapidement – les artistes sur Bandcamp ont vendu pour plus de 1 million $US directement aux fans au cours des 6 mois précédant l’annonce du partage des revenus – et nous voulions nous assurer que Bandcamp puisse être viable à long terme. Nous offrions un service gratuit depuis 2 ans, tout en améliorant les options, et nous étions enthousiastes à l’idée de créer des options que les groupes nous demandaient et de rendre le site encore meilleur.

Nous avons annoncé le partage des revenues sur notre site Web et avons même entamé une discussion ouverte à ce propos. Il y a eu des désaccords, bien sûr, mais ce qui nous a surpris, c’est qu’une vaste majorité des groupes écrivait pour nous indiquer qu’ils étaient bien contents (!) du changement parce que ça semblait être juste et qu’ils souhaitaient voir Bandcamp poursuivre son chemin et fleurir.

La musique sur Bandcamp ne se retrouve pas automatiquement sur iTunes, qui est considéré comme le plus vaste service de vente de musique en ligne. Est-ce une préoccupation?
Non. Les groupes peuvent vendre leur musique sur Bandcamp et continuer de le faire où bon leur semble en même temps. Nous rivalisons en faisant de Bandcamp l’endroit où les groupes veulent envoyer leurs fans. C’est ce qui explique que des artistes comme Sufjan Stevens et Amanda Palmer ont récemment lancé de nouveaux albums sur Bandcamp en premier lieu. La parution de Sufjan Stevens a atteint le 48e rang sur le palmarès 200 du Billboard, uniquement avec les ventes générées par Bandcamp, et dans les deux cas, les artistes ont récolté des dizaines de milliers de dollars dans les 24 premières heures de mise en ligne. De plus, les fans ont eu le privilège de visiter une page qui semblait véritablement appartenir à l’artiste, plutôt qu’un centre commercial.

Pourquoi était-ce important pour vous de ne pas prendre possession des droits sur la musique des artistes?
Ça n’a jamais été dans les plans. La musique appartient aux artistes. Nous voulons les aider à la diffuser à leurs fans et non pas nous porter acquéreurs d’une partie d’eux.

Est-ce que Bandcamp est une sorte de pied de nez envers l’industrie du disque? Quelle est votre opinion au sujet de l’approche des compagnies de disques face à la crise qui affecte son industrie?
« Pied de nez » est maintenant mon expression favorite! Rien contre les CD, mais le format numérique devient le système de distribution de choix et nous nous soucions du nombre de pochettes de plastique qui finissent au dépotoir. Le genre d’objets qui nous réjouit, et qui enthousiasme vraiment les fans, ce sont ceux qui offrent ce que le numérique ne peut offrir. Des objets comme des ukulélés peints à la main, des taies d’oreillers faites maison, et les affiches biscornues que les fans souhaitent posséder, explorer, caresser, même «fétichiser», tout en écoutant la musique, plutôt qu’un morceau de plastique jetable.

Quel pourcentage des artistes proposent leur musique en téléchargement à don volontaire? Quel est le prix moyen que ces artistes obtiennent avec cette option?
Notre objectif est d’aider les groupes à vendre leur musique et ça se passe très bien avec des ventes en croissance fulgurante et des centaines de milliers de dollars mérités par les artistes au cours des 30 derniers jours. L’option « à don volontaire » (« Name Your Price », en anglais) est l’option par défaut sur Bandcamp, alors la majorité de la musique qui s’y trouve fonctionne ainsi. Ça permet aux fans d’engager la conversation avec le groupe et de montrer leur appréciation, et ça fonctionne très bien, avec un taux moyen de 50% de plus que le minimum établi par l’artiste. Un exemple récent : l’album d’Amanda Palmer sur lequel elle interprète des chansons de Radiohead sur un ukulélé. Elle a établi le prix minimum à 84 ¢, ce qui représente le prix brut de ses droits et de ses frais de traitement, et les fans ont fini par payer 5$ en moyenne par piste. Pas si mal.

Qu’est-ce qui se trame à court terme pour vous?
Nous briguerons le poste de premier ministre du Canada. D’ici là, nous travaillons sur un panier d’achats, un lecteur implanté enrichi et d’autres succulents détails. Consultez notre blogue et notre compte Twitter pour rester au fait de nos activités.