Le journalisme économique: Entrevue avec Taylan Bilgiç du Hürriyet Daily News & Economic Review

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L’importance de comprendre et d’être informé sur l’économie, mondiale ou locale, est essentielle dans la compréhension des choix politiques et sociaux que nous vivons quotidiennement. À petite échelle, c’est le pouvoir d’achat : payer 0.99 $ pour un paquet de pâtes de 700 gr. et non 900gr., a des conséquences sur le pourcentage qu’on doit débourser pour manger et la liquidité que nous avons pour vivre. À grande échelle, la différence de prix engendre spéculation, famine, guerre et autres répercussions. Tout ceci, dans son ensemble, peut être compris en lisant nos quotidiens généralistes et spécialisés en économie. Le besoin de se garder informé dans tous les secteurs économiques est depuis le début du capitalisme marchand un besoin capital pour savoir où investir. C’est pourquoi les médias économiques ont continué à prospérer malgré la chute de l’industrie du média. Mauvaise ou bonne journée, il y a un besoin de savoir ce qui se passe dans l’économie à la minute près. Derrière ces médias (Bloomberg, FT, The Economist Group, Les Affaires, Wall Street Journal et autres), il y a les journalistes qui analysent, décortiquent et recherchent toutes ces données pour nous livrer l’essentiel. Nous discutons avec des journalistes, éditeurs et professeurs en Chine, au Canada, en Europe et aux États-Unis sur l’éthique du journalisme économique et la question essentielle, qu’est-ce qu’un bon journaliste économique (ou d’affaires)? [Leonardo Calcagno]

Taylan Bilgiç est le rédacteur en chef de la section affaires du Hürriyet Daily News & Economic Review, un quotidien anglais traitant de l'économie et de la diplomatie en Turquie, publié depuis 1961.

En quoi consiste la couverture économique du Hürriyet Daily News & Economic Review?
Notre couverture repose sur une vérité simple: chaque histoire a deux faces. Donc, dans nos histoires, nous affichons le courage de nos entrepreneurs, la productivité de nos travailleurs, des voies innovantes par les exportateurs, les objectifs budgétaires sur la marque par le gouvernement, la façon dont les analystes mondiaux louangent l'économie turque, etc. Mais nous montrons aussi l'autre côté: la montée du chômage, la diminution des salaires, les grèves interdites par le gouvernement, la destruction de l'activité agricole, le démantèlement de l'État-providence et l'installation de «l'État de charité”.

Pour vous, qu'est-ce qu'un bon journaliste économique?
À mon avis, un journaliste économique est celui qui comprend les implications de l'évolution de son secteur pour la société en général, celui qui met une distance importante entre le soi et les sources. Bien sûr, un journaliste économique doit avoir la compréhension du «contexte» et le jugement des nouvelles. Il est aussi très prudent, car les gens peuvent ou ne peuvent pas prendre de décisions d'investissement en fonction de ses articles. Il faut être clair et compréhensible.

Quels seraient vos conseils concernant l'utilisation des médias sociaux comme outils de travail?
Le journalisme social est malheureusement peu développé en Turquie. Il existe des «journalistes économiques traditionnels" qui utilisent Twitter ou Facebook, mais d’une façon très banale, relatant par exemple, la fois où ils ont bu leur sang ou la manière dont ils ont repéré un PDG de l'entreprise lors d'une soirée chic. C'est à peu près l’état de choses dans notre expérience des médias sociaux, je le crains.

Quelles sont vos prévisions 2011 pour la Turquie?
La Turquie a une forte croissance qui ne correspond pas à un plus grand nombre d'emplois, à de meilleurs emplois, à un bon salaire ou une meilleure sécurité pour ses citoyens. Cette croissance est totalement dépendante de facteurs extérieurs, telle que l’entrée de capitaux étrangers.
Ainsi, je pense que la Turquie a des chances de voir son économie frapper un autre mur, comme toutes les économies émergentes gonflées par des bulles spéculatives. Cela pourrait se produire en 2012, à mon avis. 2011 dépend de nombreux facteurs, y compris la politique et il ne serait pas sage de prévoir. Par exemple, les marchés mondiaux souhaiteraient voir arriver un nouveau gouvernement aux élections de juin 2011. Ainsi, la Turquie pourrait enfin obtenir le classement «investment grade» des agences de notation, ce qui augmenterait considérablement les entrées de capitaux.

turkishdailynews.com