Plongée dans l'univers de Miriam Ginestier, créatrice des Meow mix

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Photo: Sasha Brunelle

Une guitariste déchaînée. Une foule exaltée. Et une rockeuse qui hurle « Are you ready to rock?! »

Ce n’était pas un concert des Yeah Yeah Yeahs, mais un énième spectacle de Meow Mix, ces évènements créés par Miriam Ginestier constituent un piédestal pour tout artiste qui performe dans le milieu queer. Le 4 décembre dernier, à la Sala Rossa, la foule était en délire alors que l’animatrice – la rockeuse – de la soirée simula un combat avec une femme du public et revint sur scène couverte de faux sang. Ce n’était que le début d’une série de performances parfois osées où se sont croisés chanteurs, danseuses, et humoristes.

Née d’un père français et d’une mère américaine, la créatrice de ces évènements, Miriam Ginestier, a grandi à Toronto et est arrivée à Montréal il y a une vingtaine d’années. Elle qui aimait toujours vagabonder dans le milieu des bands, des artistes, et qui sortait aux Foufounes Électriques n’a pas retrouvé la même énergie dans le milieu culturel lesbien, dans lequel on entendait, selon elle, uniquement de la musique dance. « Je faisais toujours partie de subcultures artistiques, et là dans cette subculture-là, il n’y avait que la sexualité qui nous distinguait, la musique était mainstream. Le milieu n’était pas assez grand pour avoir une diversité de choix, de choses à faire. »

C’est de là que lui est venue l’idée de faire des Meow Mix. Huit fois par année donc, depuis 1997, des centaines de personnes viennent rire et s’amuser devant des drag kings, des humoristes et des chanteurs, etc.

Un événement qui ne date pas d’hier

Danay McLeod, animatrice de la soirée, participe aux spectacles de façon irrégulière depuis déjà 10 ans. Native d’Alberta, elle finissait ses études à l’Université Concordia lorsqu’elle a connu les Meow Mix. « À l’époque, c’était le seul événement pour les lesbiennes dont on entendait parler. C’était et c’est toujours la meilleure fête en ville! », lance-t-elle après sa performance du 4 décembre dernier.

Si les Meow Mix constituent pour Miriam Ginestier son plus gros engagement du moment dans la communauté queer, c’est son cabaret le Boudoir qui a été son « coup de cœur des évènements [qu’elle] a réalisé ». Un canalisateur des activités de la directrice artistique, qui s’est amusé à présenter des films muets la mettant en scène, des spectacles de danse, des vaudevilles écrits et présentés par sa fidèle collaboratrice Nathalie Claude… Mais en 2006, année du dernier Boudoir, Miriam était fatiguée, épuisée. Le « rendez-vous lesbien de l’année » marche un peu trop, et elle décide d’arrêter et de se consacrer davantage à Meow Mix, qui, pour l’instant, roule bien sa bosse. « J’espère bien que cela va continuer, jusqu’à ce que je sois centenaire! » dit Danay McLeod en riant.

Ancrée dans le milieu queer depuis une quinzaine d’années, la grande force de Miriam Ginestier est sans aucun doute sa longévité. « Je reste là et mon public me fait confiance. Même si les gens ne connaissent pas les artistes, ils savent qu’ils vont être divertis, qu’ils vont être challenged, parce que je pousse les limites et que ce n’est pas tout le temps la même chose. »
« Elle supporte autant les nouveaux performeurs et ceux déjà établis et fait toujours un bon spectacle! Sans elle après tout, il n’y aurait pas de Meow Mix », déclare Danay McLeod en essuyant un peu de faux sang de son bras.

Malgré son public déjà acquis, Miriam admet qu’il lui reste des progrès à faire du côté de son réseautage. « Je reconnais que mon site web est vraiment statique, moi-même je n’ai pas envie d’y aller… », dit-elle timidement.

Visibilité

Miriam ne pourrait cependant pas produire des Meow Mix partout au Québec; selon les expériences de certains de ses contacts, dans certaines villes du Québec, « c’est comme Montréal il y a 20 ans », il y a peu d’événements queer. « On ne peut pas importer une idée n’importe où, il faut développer ton public ». Heureusement pour elle, la communauté a grandi avec ses Meow Mix (qui, à une certaine époque, étaient le seul événement qui mettait en scène des drags kings) et que « tout est permissible ». Certaines performances sont même si osées qu’elle dit avoir déjà reçu des plaintes de certains spectateurs. Lors du spectacle du 4 décembre dernier par exemple, certaines artistes ont simulé la masturbation. L’une d’elles, Émilie Roberts, a effectué une chorégraphie s’intitulant « 4 ways to masturbate ». « C’est mon troisième spectacle pour Meow Mix », explique-t-elle après sa performance. Elle précise que ses deux chorégraphies précédentes étaient plus drôles que sa plus récente

Ce serait depuis environ 5 ans que la communauté queer de Montréal est entrée dans un tourbillon d’évènements et d’organisations. « Mais c’est surtout dans le milieu anglophone, notamment grâce aux grosses communautés des universités Concordia et McGill qu’on voit des évènements. Ça commence tout juste à bouger du côté francophone. Ce serait bon si les milieux se rencontraient », indique Miriam Ginestier. Ses Meow Mix sont d’ailleurs assez bilingues, mais on entend tout de même beaucoup d’anglais – Danay McLeod, par exemple, n’a presque pas parlé français le 4 décembre dernier.

Rêves d’artiste

Malgré la panoplie d’activités et d’évènements qui emplissent son emploi du temps, Miriam Ginestier occupe un emploi quelque peu plus régulier pour le Studio 303 depuis une vingtaine d’années. « J’ai commencé par y suivre des cours, puis j’y ai été bénévole… ça a été très graduel. » Aujourd’hui, elle est directrice-trésorière, et son travail varie énormément. Elle fait également partie de plusieurs comités d’administration, notamment pour Culture Montréal et le Conseil des arts disciplinaires du Québec, ce qui lui permet, dit-elle, « de développer des idées non seulement pour le studio, mais aussi pour la communauté [artistique]. »

Ses projets d’avenir sont par ailleurs tout aussi originaux que ceux déjà établis. Miriam Ginestier aimerait ressusciter une autre de ses obsessions : le tango argentin. Elle avait déjà organisé des cours pour couples homosexuels il y a 10 ans, mais « ça n’avait pas tellement marché, il n’y pas assez d’intérêt, peut-être pas assez d’énergie de ma part. » Elle prévoit cependant en réorganiser bientôt, histoire de « développer la communauté de tango queer ».

Si Miriam ne voulait pas trop de documentation sur ses évènements – « c’était sur le moment, live », elle aimerait numériser toutes les archives qu’elles possèdent « pas pour un accès à tous, mais pour moi, pour des recherchistes… ». Son amie Sasha Brunel, qui a été la photographe du Boudoir pendant 5 ans, aimerait aussi confectionner un livre sur le Boudoir, sur les quelques Meow Mix qu’elle a photographiés aussi.

Mais un projet d’envergure qu’elle aimerait réaliser à long terme (« dans 15 ans peut-être ») serait une croisière sur le thème du Boudoir. Pas dans les Caraïbes, mais en Alaska. Un autre projet alternatif dans le monde de Miriam Ginestier…

www.mimproductions.org