La révolution informationnelle selon Jean-Robert Bisaillon

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Entrevue avec Jean-Robert Bisaillon
Consultant chez Youyou.ca et Dir. des disques Iconoclaste

Historique
Jean-Robert est reconnu pour avoir instauré plusieurs structures pour aider au développement des artistes émergents au Québec. Il a fondé la SOPREF (Société pour la promotion de la relève musicale de l’espace francophone) et LOCAL distribution et a réalisé quelques livres utiles pour l’auto-production en musique. Il suit aussi de très près les techniques de promotion sur le web depuis les débuts en 1994.

Tu es impliqué dans l’industrie depuis très longtemps. Dernièrement, on parlait de la crise économique puis de la crise des médias et maintenant... qu’est-ce qui se passe selon toi?
Je commence à m’intéresser à ce sujet, mais c’est encore relativement nouveau pour moi. C’est le fait qu’on passe d’une société industrielle à une société informationnelle. Les biens qui sont économiquement porteurs aujourd’hui sont des biens de savoir. C’est l’information qui génère les richesses. Ce ne sont plus des biens matériels. [...] On a juste à se rappeler ce qui s’est passé lorsqu’on a passé de la société féodale à la société Industrielle. On n’est pas dans une période facile à traverser. On est dans une période de révolution.

Certains prétendent tout comprendre de cette révolution et nous disent comment il faut «Twitter», mais moi je prétends qu’on ne sait rien. On est un peu comme des aveugles au coin de Ste-Catherine et St-Laurent. Pour moi, il y a une connexion claire entre la révolution informationnelle et, si on veut, la vision que les punks ont eue, une vision que j’ai aussi adoptée, qui est celle d’essayer de travailler dans une optique horizontale, de collaboration et d’ouverture de nos carnets d’adresses, plutôt que dans une optique verticale où on impose hiérarchiquement sur les étages en-dessous. On est en plein là-dedans.

Qu’est-ce qui te fait peur par rapport à tout ce qui se passe en lien avec ton domaine d’activités?
Ce que je n’aime pas, c’est la perte de pouvoir des états nations. Curieusement, alors que j’ai toujours eu un petit côté anarchiste. Ça montre à quel point je suis mélangé. On s’est doté d’états démocratiques dans le but de veiller à l’intérêt général, à défaut d’une structure davantage décentralisée qui fonctionnerait comme une structure anarchiste, telle une coopérative ou ainsi de suite. Ça prend aussi des lieux de pouvoirs démocratiques plus centraux et je ne suis pas certain qu’en ce moment, ces états soient en train de gagner des points. [...] Je sais très bien que certains lobbys industriels vont avoir une oreille beaucoup plus attentive de la part du gouvernement que, par exemple, certains lobbys de la création. C’est à plus fort la poche. Ça me fait un peu peur parce qu’on ne s’en va pas dans une société davantage horizontale quand les entreprises en télécom font fît des besoins des entreprises de la culture. Si les entreprises de télécom font de l’argent avec le contenu culturel et se fichent du fait que les entreprises culturelles sont en train de se râper la face sur l’asphalte, on a un problème de société. C’est pareil pour les consommateurs qui, une fois qu’ils ont payé leur accès à Internet, se foutent bien que les artistes crèvent de faim ou pas.

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