Entrevue avec Zilon

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Les entrevues Baron: ZILON from Extra Caramel on Vimeo.

Zilon: Artiste-peintre/dessinateur montréalais
zilonsonic.com

Personnage mythique des arts marginaux au Québec, Zilon est quelqu’un qui semble timide ou blasé, mais détrompez-vous, il a beaucoup de choses à dire.

Baron : Commençons par le début, parle-nous de toi.
Zilon : Je suis autodidacte. Au début de la vie, j’ai été très curieux de la bande dessinée. Mes parents n’ont jamais accepté et n’ont jamais encouragé mon travail. Quand j’étais jeune, à propos de mes oeuvres, mon père me disait : « Si tu mets quelques choses sur le mur, je le déchire ». Et souvent, j’ai vu la chose arriver. Je le faisais donc en cachette. J’étais « underground » chez moi. Mon « background » familial est très rock’n’roll. Un père alcoolique, abus physiques et abus mentaux. J’étais punk avant que le punk arrive. Ma seule soupape pour sortir les frustrations et me retrouver dans un endroit sain à ma façon était le dessin. La bande dessinée aussi. La page blanche est devenue une fenêtre pour m’échapper de tout ça.

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De Salvator Dali à Jackson Pollock, j’ai fait à ma façon du « dripping », en fumant un bon joint de pot. J’ai fait du pointillisme avec une pilule x-y. J’ai fait du surréalisme tout en étant à jeun. J’ai découvert des langages visuels artistiques à ma façon. Faire tout ça, c’est un peu savoir faire la conversation, c’est un langage que j’ai appris sur le tas.

Maintenant, je survis. Des fois, il n’y a pas toujours de place à l’avant-garde, mais d’autres fois, il faut l’utiliser entre parenthèses et guillemets. Je trouve que des fois, c’est beaucoup de la « bullshit ». Mais, je continue. Je vogue autant dans les milieux de mode, de graphisme à faire des affiches pour l’un ou l’autre. J’ai eu par l’intermédiaire de mon art des rencontres merveilleuses… Avec Robert Lepage, Wajdi Mouawad, Philippe Dubuc et autres personnes non connues, mais qui ont un grand coeur et une intelligence merveilleuse.

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J’ai aussi fait des « story-boards » pour des films, des commerciaux à la con dans des agences de publicité… J’ai appris.

Une de mes dernières collaborations était une bande dessinée avec Anik Jean.

Est-ce que c’est la première fois que tu faisais une bande dessinée?
Non, j’ai toujours fait de la bande dessinée. Lorsque j’ai commencé à adorer la BD, je copiais. Ça a été mes modèles. C’est en copiant des styles que j’ai appris à dessiner. Mais je pense que je l’avais inné. J’étais prédisposé à devenir un artiste. Je ne suis pas un peintre, je ne suis pas un dessinateur, je suis un artiste. Je suis une personne à idées. Je fais aussi de la musique ambiante, industrielle.

J’essaie aussi de retrouver la franchise du directe. De faire des choses en studio, c’est toujours truqué, c’est toujours « photoshoppé » d’une manière ou d’une autre. C’est toujours maquillé. J’adore le dessin pour ça. J’admire le dessin. C’est mon dada, mon gaga. Par le dessin, si tu manques ton coup, tu dois déchirer la feuille. Avec une peinture, tu peux la remaquiller et faire semblant que t’as été génial.

Je pense que tout ce dont je viens de te parler, les rencontres, les amitiés que j’ai pu avoir par mon travail, c’est ça, l’art. L’art n’est pas seulement qu’un peintre, ce n’est pas seulement un personnage avec plein d’attitudes, un designer ou qui que ce soit qui se prend le bout de la « marde » pour quelques choses. C’est quelqu’un qui donne de plein coeur, que ce soit un pâtissier, le boucher du coin… Il le fait avec l’art. De l’art, c’est le coeur. Si tu n’as pas de coeur, si tu n’as aucun sentiment, aucune âme, tu vas faire des choses d’une façon morte. Que ce soit un gâteau ou une toile.

Un truc que j’essaie d’éliminer dans mes conversations est les regrets. Il n’y a plus de regret, je l’ai fait. On continue, on apprend et on améliore. Peu importe ce qu’est l’amélioration.

Le monde trouve que je suis un personnage un peu « Nosferatu » de loin, mais je suis une personne très généreuse en quelques parts. Mais, il faut passer au travers de tout les pseudo potinages de merde qui entoure toujours quelqu’un.

Je trouve que je couronne ma vie moi-même, il n’y a personne qui va me mettre en quelques parts.

Donc, tu es content d’où tu es rendu maintenant?
Je suis content, mais il y a des moments qui sont difficiles. Ma vie n’est pas seulement de l’art. J’ai su récemment que je suis diabétique. Je suis un peu frustré de la chose parce que ça vient juste de m’arriver. Donc, je n’ai pas encore dompté ce monstre-là, cette bébitte-là.

On vit dans une psychose sociale d’un monde complètement à l’envers. Que ce soit les trucs de mode qu’on essaie de nous montrer… J’aime ça la mode! Mais quand je vois quelqu’un qui est au coin de la rue et qui se pique avec de la drogue « cheap », un enfant qu’on a oublié, j’ai tout de même des yeux, des sentiments et une âme en quelques parts. Je n’ai pas de baguette magique, il ou elle doit s’aider. Ça m’inspire, ça me nourrit d’une manière, sans être vampirique. Et c’est comme ça que je fais une conversation, un dialogue avec mon art.

Tu viens de Montréal?
Je suis né à Montréal, mais j’ai vécu à Sainte-Rose. Puis, on a déménagé à Laval des rapides et je suis revenu à Montréal. J’ai aussi voyagé. Je suis allé à Tokyo. J’ai eu la chance d’y aller deux fois. J’adore les voyages où je dois travailler. Comme touriste, je m’emmerde. Je suis aussi allé à New York dans les heures glorieuses, quand Time Square était l’endroit où on avait peur de se promener et qu’on avait des films – où je vais tuer ta mère avec une « chain saw » - puis les films pornos super X. Ça, c’était mon New York. J’ai aussi connu les heures glorieuses du punk. Les Foufounes électriques, ici à Montréal. Je trouve qu’aujourd’hui, il y a peut-être quelques choses un peu plus aseptisées, tranquilles, plus confortables. Mais, je continue à faire le bordel à ma façon. Je n’ai plus 18 ans, j’ai 53 ans et j’ai toujours cette attitude punk, mais je l’ai de luxe, maintenant. Si je vous fais chier, je vous ai fait chier avant et je vais vous faire chier encore. Et si je vous charme, je vous charmerai aujourd’hui, demain et après-demain.

Des fois, je suis écoeuré de la vie, je voudrais arrêter de faire ce que je fais, mais c’est impossible, je suis rendu trop loin. Je suis rendu « addict » aux vraies choses et non aux cochonneries qu’on nous vend sur la rue et dans les petits clubs obscurs.

Est-ce que c’est plus dur de vivre comme artiste maintenant qu’à tes débuts?
Je ne sais pas trop… Quand tu vis à cinq personnes dans un 2 et demi sur le B.S, t’as du fun! Enweille le joint pis enweille les pilules! Maintenant, j’ai une responsabilité envers moi-même, de vivre, de survivre et d’être assez intelligent pour m’amener à d’autres expériences plus intéressantes que celle que j’ai vécues. Quand je vois des commerciaux à la télévision, qui montrent qu’à 53 ans t’es censé être rendu à la maison de retraite… Il va faire beau en maudit avant que ça arrive. Si j’avais un fils ou une fille, je serais le premier à lui dire : « On sort ce soir. Il est 3 h du matin. Voici ta cannette, j’ai ma cannette et on s’en va quelque part, faire quelque chose ensemble ».

Tu disais que les rencontres ont vraiment influencé ta vie … Quelles ont été celles qui t’ont marqué le plus?
La plus grosse rencontre, c’est avec mes parents. Je ne m’attendais pas à les avoir. Mon père est décédé en 1999. Je le haïssais au cube, pour ce qu’il m’a fait, nous a fait. Avant qu’il meure, je lui ai écrit une superbe lettre où je lui disais que je lui pardonnais et que je le comprenais. J’aurais aimé ça le rencontrer et l’inviter à quelque part pour lui offrir ce qu’il veut. J’aurais payé avec quoi? Avec les tableaux que j’ai vendus. Et c’est tout ce qu’il n’a jamais cru en moi. Mais je n’aurais pas été aussi salaud que ça. J’ai tout de même un respect et une façon de voir les choses.

Ma mère n’est pas encore à un niveau culturel et intellectuel pour comprendre. Mais elle est une mère et va essayer de comprendre son fils ou sa fille.

Ils doivent quand même avoir une certaine reconnaissance par rapport à ce que tu as fait quand même?
Oui, mais c’est parce que j’avais une tête dure. Je n’ai pas plié parce que l’un ou l’autre me disait que ce n’était pas ça, que je devais être ci ou devais être ça. Si tu manques d’âme, r’tourne chez vous câliss. Va travailler au McDo ou pogne-toi un emploi normal. Moi, j’ai une vie anormale et c’est normal pour moi.

Les rencontres sont comme des miroirs. Même mon travail est un miroir pour moi. J’exprime ce que j’ai souffert et comment je vois la vie. Ceux qui achètent mes travaux, les « collectionneurs », sont des miroirs. C’est un visage que je fais. Je n’ai pas besoin de faire comme la « nouvelle tendance » à la Juxtapoze, des illustrateurs qui deviennent des grands artistes chiants avec de grandes attitudes à faire mourir. Y’en a toujours eu de l’attitude. Peut-être que la prochaine tendance va être de faire des personnages avec des nez de clown.

Du monde qui t’ont inspiré?
Keith Harring m’a inspiré. Par sa façon, par la personne aussi. Warhol, des fois je peux ne pas aimer sont travail, mais j’adore la personne. Iggy Pop, dans le temps des Stooges. Y’à un temps où j’adorais David Bowie. Je ne dis pas que je le hais aujourd’hui, mais j’ai aimé des passes.

Pour terminer?
Je pense que j’ai perdu un peu l’espoir que l’humanité va comprendre. Il va peut-être comprendre lorsque 5 ou 6 villes vont se faire « blower » au nucléaire et encore là… Je me rappelle lorsque les deux tours ont été démolies. Je voyais seulement le visage des gens sur la rue, toute l’inquiétude. C’est comme une tempête de neige, ça « fucke » tout le monde, ça casse le temps. Mais les gens reviennent à leurs idioties et à leurs routines habituelles. Leurs routines comprennent plein de choses comme l’indifférence. L’humain est l’espèce la plus dangereuse sur cette planète. Depuis les années 70 qu’on parle de pollution et là on commence à être écolo parce que l’on s’aperçoit qu’il y a des espèces qui sont en train de disparaître, les glaciers sont en train de fondre pis l’air est ci et ça. Comme dirait ma mère, crache en l’air, ça va te revenir en pleine face. C’est ça qui est en train d’arriver. Avant la fin du monde, m’as avoir un gros fun et je vais essayer de remplir mon Frigidaire avec du champagne.